Le deuxième épisode des icônes oubliées ne retracera pas vraiment une carrière, mais plutôt un match…un match qui aura fait pleurer des millions de Brésiliens, mais qui aura surtout condamné un joueur à la perpétuité. On connait tous l’histoire d’Escobar qui fut condamné à mort sur un parking à cause de son CSC lors de la coupe du monde 1994… Moacir Barbosa fut quant à lui condamné à vie en 1950 pour avoir anticipé un centre.

Pour vous mettre dans l’ambiance

Le 8 juillet 2014, vous souvenez-vous où vous étiez ? Je vais vous aider, demi-finale de la coupe du monde à Belo Horizonte, un certain Brésil – Allemagne, que beaucoup voient comme un match équilibré et intéressant. Le match en est tout autre, le rouleau compresseur allemand ne fait qu’une bouchée d’un Brésil fragile et désorganisé. Oscar sauvera le peu d’honneur qu’il restait aux auriverde en réduisant le score à la 90e. Ce match a fait couler énormément de larmes au Brésil, de la tristesse, de la colère, de l’incompréhension…seule une Brésilienne avait le sourire au bout des 90 minutes, Tereza Barbosa. L’humiliation de 2014 venait, en effet, effacer ou plutôt remplacer le Maracañaço (le coup du Maracaña) qui avait condamné son père 64 ans plus tôt.

Moacir Barbosa Nascimento est né le 27 mars 1921 à Campinas. Il commence sa carrière dans des petits clubs, mais un rêve la poursuit depuis tout petit. Comme la plupart des Brésiliens, le football est une énorme passion, et porter le maillot de la Seleçao est une consécration. Ce rêve semble bien loin pour le jeune gardien, en effet, dans un Brésil bien loin du Brésil multiculturel que l’on connait aujourd’hui, être de couleur est un réel poids. On se rappellera de ce joueur de couleur, qui pour pouvoir jouer dans le club de Fluminense, a dû recouvrir son visage de poudre de riz. Le Brésil est principalement composé d’immigrés européens, et les personnes de couleurs sont principalement des descendants de l’esclavagisme. Autant vous dire que dans ces conditions, le rêve semble hors de portée pour le jeune Moacir.

Il rejoindra le grand Vasco de Gama en 1945. Vasco de Gama ne donnait pas ou peu d’importance aux origines de ses joueurs, c’est d’ailleurs un des tout premiers clubs qui rassemblera des joueurs de couleurs et de classe sociale différentes. Moacir y vivra ses plus belles années : 5 Titres de champion de Rio de Janeiro et un titre de champion sud-américain des clubs champions. Le gardien est à son apogée, il est considéré comme un des meilleurs, voire le meilleur gardien au monde. Cette année 1945, fut celle où il touchera les étoiles, il remportera son premier championnat de Rio, mais il fut surtout sélectionné pour la première fois en équipe nationale…son rêve devenait alors réalité. Quatre ans plus tard, il remportera son premier titre avec la Seleçao, une copa america en guise de répétition pour la coupe du monde qui se déroulera l’année suivante au Brésil.

Tout se déroulait à merveille, il était un des meilleurs gardiens au monde, il était dans le plus grand club brésilien du moment, il était le gardien titulaire de la Seleçao, rien ne semblait pouvoir arrêter l’évolution du gardien sans gants…et pourtant.

Nous voici en 1950, le Brésil organise sa première coupe du monde, tout un peuple est derrière sa sélection, que tout semble promis à une grande victoire. En 1950, la coupe du monde a un format un peu différent du format actuel, 4 poules de 4 équipes se départagent, et les vainqueurs des 4 poules se retrouvent dans une poule finale qui déterminera le vainqueur. Le Brésil arrive à sortir sans trop d’encombres de sa poule, et se retrouve dans la poule finale avec la Suède, l’Espagne et l’Uruguay. Ils rouleront sur la Suède 7-1 et ne feront qu’une seule bouchée de l’Espagne 6-1. Il ne reste que le dernier match au Maracaña, face aux célestes de l’Uruguay, rien ne semble pouvoir arrêter le brésil qui a gagné tous ses matchs à l’exception d’un nul contre la Suisse.

Le 16 juillet est le grand jour, le jour qui devrait voir le Brésil remporter sa première coupe du monde et qui plus est, à domicile ! La population s’arrache les places pour le match, le stade est à son comble et battra le record d’affluence pour un stade de football avec 199 584 spectateurs présents. Les journaux du matin mettent déjà une photo de l’équipe avec comme titre « Voici les champions du monde ! », Jules Rimet a déjà préparé son discours en portugais pour féliciter les joueurs brésiliens pour leur titre. Le monde entier voit déjà le Brésil soulever la coupe, eux à qui il ne manque qu’un match nul pour se retrouver sur le toit du monde ! Avant le dernier match, Moacir Barbosa Nascimento a déjà reçu la récompense de meilleur gardien de la compétition.

Le match débute et le Brésil semble déjà au-dessus de la mêlée, plusieurs occasions en première mi-temps, mais le score reste vierge. Les mots du sélectionneur Flavio Costa, à la mi-temps, semblent avoir redonné confiance et courage aux joueurs brésiliens. En effet, Friaça bien servi par Ademir allait ouvrir la marque pour les Brésiliens tout de blanc vêtus. La finale était lancée, la ferveur s’emparait encore plus des tribunes, le Brésil prenait le chemin vers les étoiles. Schiaffino allait redonner espoir aux Uruguayens à la 66e, bien servis par Ghiggia…Ghiggia n’allait pas s’arrêter là. La 79e minute allait éteindre tout le stade, Ghiggia lancé sur le côté droit par Perez, déborde et se retrouve dans le rectangle, dans une position parfaite pour adresser un centre à son attaquant, qui se trouve au point de penalty. Barbosa l’avait déjà bien remarqué, il anticipe alors le centre, et sort légèrement de ses cages pour l’intercepter. Malheureusement pour lui, Ghiggia n’a pas centré, mais a tiré au premier poteau…Moacir est en retard et se retrouve battu…en une seconde le stade s’est éteint, la ferveur et les cris ont laissé place à un silence pesant. Ghiggia déclarera plus tard : « Seules 3 personnes ont réussi à faire taire le Maracaña : Frank Sinatra, le Pape et moi ». Le Brésil ne marquera plus, et l’Uruguay fêtera sa deuxième coupe du monde. Ce jour restera la pire catastrophe du Brésil jusqu’en 2014, tout était fait pour qu’ils soient au 7e ciel, et la 79e minute les enverra tout droit en enfer. Ce drame ne pouvait pas rester impuni pour les Brésiliens, il fallait un coupable, et il fut tout désigné. Il a beau avoir été désigné meilleur gardien de la compétition, la 79e minute l’aura condamné à perpétuité.

Moacir Barbosa est alors considéré comme un paria dans son pays, il ne revêtira qu’une seule fois le maillot du Brésil, alors devenu jaune par superstition. Il devait représenter à nouveau ses couleurs lors de la coupe du monde 1954, mais il se cassa la jambe lors d’un match avec Vasco peu avant la compétition…il ne pourra jamais se racheter auprès du peuple brésilien. La légende veut que quelques années plus tard, il récupère les poteaux en bois des goals du Maracaña, pour les bruler et conjurer le mauvais sort.

« Tout lieu a son irrémédiable catastrophe nationale, son Hiroshima. Notre catastrophe, notre Hiroshima, est la défaite contre l’Uruguay en 1950. » Nelson Rodrigues

Il sera vu éternellement comme le coupable de la défaite du Brésil. Il racontera d’ailleurs que l’évènement le plus douloureux de sa vie eu lieu 20 ans plus tard, quand en faisant ses courses, une maman le reconnait et le montre du doigt en disant a son fils : « regarde-le, fils ! C’est l’homme qui a fait pleurer tout le Brésil ». Il n’allait alors plus jamais vivre en paix.

Au delà du fait que son logement fut vandalisé plusieurs fois, que les gens ont fait peser toute la détresse d’un pays sur ses épaules, il vivra d’autres évènements tout aussi humiliants.

En 1993, il est invité à commenter un match de la sélection brésilienne, mais Ricardo Teixeira, alors président de la fédération, y mettra son véto, et l’interdira de commenter un match de la Seleçao.

Un an plus tard c’est rebelote, Moacir voulait rendre visite au camp d’entrainement de la Seleçao qui se préparait pour la coupe du monde 1994. C’était sans compter l’intervention de Mario Zagalo qui demanda à la sécurité de l’empêcher de rentrer, de peur qu’il porte le mauvais œil sur les joueurs de la sélection brésilienne. Barbosa déclarera : « Au Brésil, la peine maximale pour un crime est de 30 ans. Moi, je paie depuis plus de 43 ans pour un crime que je n’ai pas commis. »

Moacir Barbosa Nascimento rendra son dernier souffle le 7 avril 2000 dans la plus grande pauvreté et avec l’éternelle étiquette du coupable sur la tête. Un 16 juillet, il mettra un genou à terre et pendant le restant de sa vie on l’empêchera de se relever de cette chute.

« Au Brésil, la peine maximale pour un crime est de 30 ans. Moi, je paie depuis plus de 43 ans pour un crime que je n’ai pas commis. » Moacir Barbosa

Dida fut le premier gardien de couleur à protéger les cages de la Seleçao…45 ans après le Maracaña. Il fut également un des premiers à vouloir réhabiliter Moacir Barbosa : « Il est temps aujourd’hui de briser un tabou qui dure depuis plus de cinquante ans. Barbosa a fait de grandes choses pour le football brésilien, mais après ce match, il a été crucifié. C’est quelque chose de terrible. Il faut souligner tout ce qu’il a apporté à notre sélection. »

Espérons aujourd’hui que la défaite 7-1 face à l’Allemagne puisse effacer le souvenir dramatique de cette finale de 1950, Moacir n’a pas pu vivre en paix, espérons qu’il puisse reposer en paix…

Quelle icône serait Moacir Barbosa?

A mes yeux, Moacir Barbosa, pourrait être un des meilleurs gardien du jeu! Rapide, vif, avec de bons réflexes et une excellente détente! Je l’ai un peu chargé dans sa note de positionnement, pour être en lien avec l’article, mais je suis sur qu’elle serait supérieur! A tout cela on peut rajouter l’excellent jeux balle au pied, et nous avons un gardien moderne, avec 60 ans d’avances…

Crédits :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Moacir_Barbosa_Nascimento
http://ultimodiez.fr/2019/09/12/moacir-barbosa-damne-du-football-bresilien-pour-etre-deux-fois-coupable/
https://www.eurosport.fr/football/coupe-du-monde/2014/pour-le-maracanazo-moacir-barbosa-a-pris-perpetuite_sto4280988/story.shtml
https://www.sofoot.com/le-maracanaco-ou-comment-le-bresil-a-change-de-couleur-184083.html

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